La Faculté de médecine de l’Université Libre de Bruxelles : entre création, circulation et enseignement des savoirs (1795-1914)

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Auteur
Renaud Bardez
Année
2015
Financement
Financement faculté de médecine
Promoteur
Kenneth Bertrams

En un siècle environ, la Faculté de médecine de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B.) a été l’actrice et le témoin d’une triple transition : passage d’un enseignement essentiellement fondé sur la transmission de « manières de faire » à une pédagogie nourrie par les laboratoires de recherche ; disparition d’une pratique médicale portée par les conceptions humorales et émergence d’une médecine spécialisée rompue à la recherche clinique et à la méthode expérimentale ; transformation, enfin, d’un espace investi par un corps académique autodidacte ou formé à l’expérience des champs de bataille à un groupe d’élite répondant à des critères de qualité à l’échelle internationale. Cette thèse constitue une tentative d’explorer ce chemin, d’en suivre les bifurcations soudaines comme les lignes de continuité le plus souvent invisibles.

L’histoire médico-institutionnelle s’inscrit dans un champ d’activité historique en plein renouvellement qui dépasse l’histoire institutionnelle pour ouvrir de nombreuses autres voies. Partant de ce constat, la Faculté joue le rôle de parapet privilégié pour saisir la société médicale du long XIXème siècle, les processus d’apprentissage au regard des savoirs qui ont dominé des générations mais aussi les conditions de leur transmission. L’approche principale se situe au croisement de l’histoire institutionnelle et de l’histoire de la médecine. Elle entend se concentrer sur l’étude des processus et des réseaux, sur « l’opposition » supposée entre un apprentissage académique et clinique et enfin sur la dichotomie entre une médecine envisagée comme profession et une autre en tant que science. Il s’agit aussi d’une histoire de la pédagogie et de ses supports d’apprentissage dans le cas spécifique de la Faculté de médecine de l’Université Libre de Bruxelles.

Construite dans une perspective chronologico-thématique, cette thèse sur le long XIXe siècle repose en majeure partie sur les archives de l’U.L.B. et des hôpitaux bruxellois. Le croisement de celles-ci a mis en perspective une perception nouvelle des relations et rapports de force dans un labyrinthe hiérarchique qui mêle : le Conseil des hospices, le Conseil d’administration de l’Université, la Faculté de médecine, les professeurs, assistants, prosecteurs, internes, externes, les simples étudiants, les étudiants étrangers... Au delà de cette approche micro-historique, l’enseignement médical bruxellois est élevé à l’échelle européenne, donnant du relief à la médecine en périphérie restée dans l’ombre des grands centres européens.

La première partie de cette recherche s’ouvre sur les réformes conceptuelles et administratives introduites durant la période française donnant forme à une nouvelle lecture de l’apprentissage médical. Elle fixe le rôle central joué par le grade d’Officier de santé dans la future redéfinition du corps médical bruxellois. Dans ce contexte socio-professionnel et scientifique en pleine mutation, une nouvelle lecture de la création de la Faculté de médecine de l’U.L.B. est proposée, rompant avec la représentation traditionnelle de l’élite médicale.

Dans un deuxième temps, cette thèse s’intéresse à la création et au développement de la Faculté de médecine, elle accorde une place fondamentale aux théories et pratiques dispensées. En filigrane, il est question de la conceptualisation de l’orthodoxie des savoirs et pratiques enseignés. Aussi, à côté des matières clairement identifiées, l’importance de la circulation des savoirs tacites est révélée, notamment autour des tables de dissection ou dans les hôpitaux. Autre point fondamental, cette recherche insiste sur le rôle central joué par l’hôpital, développant l’idée d’un certain « hospitalo-centrisme ». Ce processus a favorisé un fonctionnement en vase clos pour la formation et la profession médicale à Bruxelles donnant lieu à un ancrage fort de la clinique dans les conceptions de la profession médicale. Ce constat est renforcé par l’étude de l’isolement des protagonistes nourris à la recherche expérimentale en médecine tel que Gottlieb Gluge le fût.

La troisième partie s’intéresse à l’émergence d’un mouvement nourri à la recherche expérimentale en médecine, militant pour une étroite incorporation des sciences dans l’enseignement de la médecine, s’écartant de la perspective hospitalo-centriste. Pour ce faire, cette partie donne un éclairage sur les modalités d’introduction des logiques inhérentes à la médecine de laboratoire à Bruxelles.

A partir du cas de la Faculté de médecine de Bruxelles et naviguant dans un dédale d’institutions, d’individualités, de savoirs, de pratiques et technologies, cette thèse identifie les modalités d’acquisition des savoirs médicaux et droits professionnels inhérents au XIXe siècle.